Ce que vos ancêtres peuvent vous dire sur votre espérance de vie

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Dans nos deux dernières chroniques «Mortalité du Québec sous le Régime Français» et «Les premiers centenaires canadiens-français au Québec», nous avons successivement évoqué la forte mortalité qui affligeait nos ancêtres à tous les âges de la vie et la rareté des personnes atteignant des âges extrêmes. Nous allons aujourd’hui présenter quelques facteurs sous-jacents à ces réalités.

Dans un premier temps, nous avons utilisé la base de données du PRDH (Qu’est-ce que le PRDH?) afin d’établir la liste des Canadiens-français nés au pays qui se sont mariés et qui ont atteint l’âge vénérable de 97 ans avant 1850.

Décès à 97 ans et plus de Canadiens de naissance survenus avant 1850

SEXE Année de naissance Année de décès Âge au décès
F 1648 1748 99 ans
F 1691 1789 97 ans
F 1701 1800 98 ans
F 1703 1800 97 ans
M 1703 1802 98 ans
F 1709 1806 97 ans
M 1714 1811 97 ans
F 1714 1813 99 ans
F 1722 1819 97 ans
F 1725 1832 107 ans
F 1726 1825 98 ans
F 1731 1828 97 ans
F 1731 1835 103 ans
F 1732 1829 97 ans
M 1734 1834 99 ans
F 1736 1834 98 ans
F 1736 1838 101 ans
F 1738 1847 108 ans
F 1740 1838 97 ans
F 1740 1839 98 ans
F 1741 1840 98 ans
M 1741 1840 98 ans
F 1741 1841 100 ans
F 1741 1841 99 ans
F 1742 1840 98 ans
M 1743 1842 98 ans
M 1743 1842 98 ans
M 1744 1841 97 ans
F 1744 1842 97 ans
F 1744 1843 99 ans
M 1745 1844 98 ans
Nombre d’hommes : 8 ; Nombre de femmes : 23

Trente-et-une personnes ont accompli l’exploit, soit vingt-trois femmes et huit hommes. Pourquoi un tel déséquilibre en faveur des femmes, alors que leur espérance de vie à 25 ans est inférieure de plus de 2,5 années à celle des hommes?

C’est qu’au-delà de la période reproductive, ou les mères subissaient à l’époque un risque non-négligeable de décéder en couches, les femmes ont un avantage de survie sur leurs partenaires. On sait qu’une part de cet avantage est biologique parce que la mortalité masculine est plus élevée que la mortalité féminine dès les tout débuts de la vie, incluant in-utero.  On associe surtout cette différence génétique à une meilleure résistance des femmes au vieillissement biologique, à laquelle s’ajouterait un avantage hormonal .

En effet, par exemple, l’oestrogène facilite l’élimination du mauvais cholestérol et réduit ainsi le risque de problèmes cardiaques; la testostérone, au contraire, est associée à la violence et à la prise de risque.

Ceci dit, indépendamment du sexe, pourquoi certains individus atteignent-ils à contexte égal des âges plus élevés que leurs contemporains? La raison répugne à n’y voir que l’effet du hasard, mais pourtant aucune explication de cette réalité ne fait l’unanimité. L’étude des cas extrêmes de longévité ne révèle pas vraiment grand-chose : les «petits verres de gin avant le souper» et autres recettes du genre reprises par les journalistes n’ont aucune base sérieuse.

Il est pourtant tentant de croire que certains individus ont au départ un avantage sur les autres; ne dit-on pas que la meilleure chance de vivre vieux est d’avoir des parents et grands-parents qui ont vécu vieux?

À ce sujet, je soumets à votre réflexion l’extraordinaire famille de Nicolas Lizotte et Marie-Madeliene Miville-Deschênes, qui se sont épousés le 3 mai 1724 à La Pocatière. Alors que seulement cinq personnes sont devenues centenaires avant 1850, toutes des femmes, deux d’entre elles sont nées de ce couple, et une de leurs sœurs fait aussi partie de notre liste de départ, puisqu’elle est décédée à 98 ans!

Fiche de famille de Nicolas Lizotte et Marie Madeleine Miville Deschesnes tirée de PRDH-IGD.com

En voulez-vous plus? Leur père, Nicolas Lizotte, est décédé à 98 ans : un seul homme a fait mieux, atteignant 99 ans. Je ne sais pas pour vous, mais pour ma part, j’aimerais bien m’appeler Lizotte!

 

Bertrand Desjardins et François Desjardins

Août 2018